mercredi 1 juin 2016

Menace de mort pour le président de l'Union des Producteurs de vin de Mâcon

Aujourd'hui l’euphorie est palpable avec l'inauguration et l'ouverture de la Cité du Vin de Bordeaux. Pourtant, d’autres actualités sont beaucoup moins belles... Hier, une réunion était organisée par l'Union des Producteurs de Vins de Mâcon — UPVM —, avec la présence du Préfet, du président du Conseil Départemental et du maire de Mâcon, ainsi que les journalistes. Pourquoi tout ce monde présent à une simple réunion de l'Union des Producteurs de vin de Mâcon ? Le président de l'UPVM, Jérome Chevalier a reçu une lettre de menace de mort le 18 mai dernier.



Les raisons de la menace de mort


C'est le 18 mai que l'histoire commence. Jérôme Chevalier reçoit une lettre anonyme accompagnée d'une cartouche de chasse à son domicile. Une telle menace l'a bien entendu affecté, mais a aussi affecté sa famille. Selon lui, c'est le symptôme d'une dégradation du vivre ensemble qui nous affecte tout le monde.

« Stop aux Pesticides,Si vous ne réagissez pas IMMÉDIATEMENT, un jour ou l'autre il y aura des morts chez les viticulteurs. [...] Réagissez, on ne se laissera JAMAIS empoisonné les bras croisés... »

Toutefois, Jérôme Chevalier relativise cette menace : « Quand je l'ai reçu, cela m'a fait bizarre. Ensuite, on prend du recul... Plus qu'une attaque à titre personnel, c'est le président des vins de Mâcon, et plus largement la profession viticole, qui sont visés par ces menaces »


Une réunion pour apaiser les tensions


Après la réception de cette lettre et après avoir porté plainte, le président de l'UPVM a donc organisé une réunion le 31 mai pour essayer d'apaiser les tensions. Pour présenter la problématique liée aux traitements phytosanitaires, Jérôme Chevalier a invité e Préfet de Saône-et-Loire, Gilbert Payet, est présent, ainsi que le président du Conseil Départemental, André Accary (LR) et le Maire de Mâcon, Jean-Patrick Courtois (LR).

© Photo de Fernand RIBEIRO

Les viticulteurs conscients de la viticulture raisonnée


Le vice-président de l'UPVM, Marc Sangoy a rappelé pendant cette réunion que :

« Les vignerons sont mobilisés pour limiter au maximum le recours aux produits phytosanitaires, quel que soit leur modèle agricole. La prise de conscience générale s'est faite ces 20 dernières années en matière d’usage de produits phytosanitaires. »
Il a aussi rappelé les améliorations qui ont été apportées pour tendre vers une viticulture raisonnée :
  • limitation des traitements apportés aux vignes, réduction des quantités utilisées et du nombre de traitements, 
  • respect des bonnes pratiques de traitement, 
  • respect de l’arrêté du 12 septembre 2006 relatif à la mise sur le marché et à l'utilisation des produits phytosanitaires,
  • contrôle du bon fonctionnement des pulvérisateurs obligatoire tous les 5 ans, 
  • et depuis 2015, obtention d’un certificat pour l’application des produits phytosanitaires (Certiphyto).

Une charte de bonne conduite déjà en perspective

© Damien Boutillet

Lors de son intervention, le préfet Gilbert Payet a confirmé « qu’une charte de bonne conduite est en cours d’élaboration conformément à une circulaire de la ministre de l’Écologie du 27 janvier dernier. La signature entre les services de l’État et la filière sera bien évidemment déclinée localement. [...] L'objectif de ce texte est d'aller au-delà des recommandations des arrêtés préfectoraux en vigueur et de produire des mesures de prévention et de protection qui soient adaptées à chaque lieu où un établissement scolaire ou autre se trouve en proximité de vignes. »

Après signature, tout dérapage d’un viticulteur en matière de traitements de la vigne et de non-respect des engagements sera lourdement sanctionné. Cette charte devrait être finalisée d'ici fin juin.

Jérôme Chevalier a conclu en rappelant que les viticulteurs étaient déjà tous engagés pour réduire les produits phytosanitaires. Il a insisté sur sa détermination à entretenir un dialogue permanent avec les populations environnantes et les associations, dans un souci de dialogue et d’échanges réguliers. Il a fermement condamné « les comportements d'une minorité de viticulteurs irresponsables » et a assuré comprendre les inquiétudes de la population. En tant que Président de l’UPVM, il se dit prêt à être parmi les premiers à signer la charte des bonnes pratiques agricoles et viticoles présentée par Monsieur le Préfet et réaffirme ainsi son engagement collectif à maintenir un dialogue ouvert avec la société civile.

Les pesticides et la proximité des habitations


Créée il y a quelques mois, le Collectif « Mâconnais pesticides et santé » a adressé un message de soutien à Jérôme Chevalier et « condamne fermement cet acte choquant et odieux ». Pour la Coordination rurale, cet événement est la conséquence directe de la désinformation des lobbies environnementalistes : « Ils affolent la population depuis des mois et récoltent le fruit de leur travail : une population désinformée et bouleversée qui agit de manière irrationnelle ».

Il ne faut pas oublier que les vignerons sont les premiers concernés et affectés par l’utilisation de produits phytosanitaires. Ils vivent dans et grâce à leurs vignobles, ainsi que leurs familles et leurs salariés. Ils manipulent ces produits et sont les premiers exposés. De plus, la viticulture a bien compris l'importance de la préservation de l’environnement pour continuer à produire du vin de qualité. Mâcon et le vin sont liés par un nom, mais aussi une économie.

Depuis l'émission Cash Investigation sur l'utilisation des pesticides dans la viticulture, les tensions se sont cristallisées sur l'utilisation des produits phytosanitaires. Des voix s'élèvent contre l'utilisation « abusive » de ces produits sur des vignes proches de zones d'habitation. Un sujet qui pousse certains à franchir une ligne qui ne devrait jamais être franchie.
La viticulture raisonnée, biologique et biodynamique gagne du terrain en France. Stigmatiser la viticulture conventionnelle n'est pas une solution pour autant. Il est essentiel de maintenir le dialogue et aider les viticulteurs conventionnels à améliorer leur méthode de production plutôt que de les stigmatiser bêtement.



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