vendredi 1 avril 2016

Le retour du vin dans les cantines scolaires

C'est certainement une chose que vous ignorez — si comme moi vous avez moins de 70 ans —. Dans les années 1950, l'État français s'est attaqué à un problème de poids qui sévissait dans de nombreux foyers : l'alcoolisme infantile !


Quand le vin était au menu à la cantine


C'est une chose qui peut paraître surprenante de nos jours, mais en février 1956 le vin était au menu du repas des jeunes bambins. Aujourd'hui, nous entendons de nombreux débats sur la présence ou non de menus de substitution dans les cantines — repas halal, casher ou encore végétarien —. À l’époque, de nombreux parents exigeaient que les enfants aient de l'alcool le midi à l’école. Dans la vidéo que je vous ai mise en lien plus bas, nous pouvons entendre la docteure Suzanne Serin, chef de clinique en hôpital psychiatrique expliquer :

« Un certain nombre de parents mettent dans le panier de l'enfant la boisson de leur choix et qui est souvent 1/2 litre de vin, ou de cidre, ou de bière suivant la région. J'ai eu vent récemment, dans la région parisienne, d'un petit drame : les parents insistant pour que la boisson soit donnée aux enfants, le discours s'y refusant, les parents ont décidé que les enfants boiraient leur vin avant d'aller à l'école. Les enfants arrivent à l'école rouges, suants et dorment à moitié toute la matinée... »




Dans le film culte La Guerre des Boutons de Yves Robert (1962), on se rappelle la réplique de Petit Gibus « C’est bon la goutte ! » et Jacques Dufilho venter les mérites de l'alcool : « Le Calva, ça n’a jamais fait de mal à personne ! »



Le gouvernement Mendes France a pris en 1954, la décision radicale d'empêcher l'alcoolisme infantile à l'école en offrant du lait aux enfants. Alors que de nombreuses personnes pensaient que cette décision était prise pour aider les éleveurs français, elle apparaît aujourd'hui comme un moyen de lutter contre l'alcoolisme.

Direction une école primaire de Boulogne-Billancourt, en mai 1955 :
« J'aperçois un jeune homme, véritablement passionné par l'absorption du lait qui lui a été distribué. Il suce sa paille avec ardeur ! »

Le débat de retour en politique


Plus surprenant encore, l'instauration du vin à la cantine scolaire refait surface à l'Assemblée nationale. En effet, le député Jean-Frédéric Poisson rattaché au partie Les Républicains a présenté mercredi dernier à l'assemblée un projet de loi prévoyant le retour du vin et du cidre dans les établissements scolaires.



Cette décision fait suite à la remise en cause de la loi Evin et aux nombreuses difficultés financières rencontrées par les viticulteurs. Mais cette décision va plus loin puisque Mr Poisson a déclaré vouloir :
« Mettre en place des programmes d'éducation pour la santé informant des effets bénéfiques du vin ».

Avant d'ajouter qu'au-delà des bien faits, il est aussi important de rappeler « qu'il faut parler des risques liés à la consommation d'alcool et des risques liés à la dépendance ». « Si on doit travailler sur la question des plus jeunes, on a un nouveau phénomène qui se développe, c'est l'alcoolisation extrême, notamment les week-ends. On a besoin de casser ce lien entre fête et alcool ». L'idée est donc d'enseigner dès le plus jeune âge les bienfaits du vin, mais dans une consommation maîtrisée.

La France a le triste record de surmortalité masculine liée à l'alcool en Europe, de 30 % supérieure à la moyenne des pays de l'Union, selon le ministère de la Santé. Chaque année, c'est près de 45'000 décès liés à une consommation régulière d'alcool qui sont enregistrés. La prévention contre l'alcoolisme ne semble pas réussir sa mission puisque seulement un Français sur quatre connaît le seuil de consommation d'alcool à risque. De plus, plus d'un Français sur deux (58 %) pense que les pouvoirs publics n'en font pas assez dans ce domaine.

Cette proposition a aussi l'intention de créer des vocations chez certains jeunes. « L'éducation au goût doit faire partie de l'éducation générale » et Mr Poisson recommande « d'apprendre à nos enfants quels sont les produits du terroir, comment on les cultive, comment on les transforme pour faire naître le goût ». Il est vrai que dans de nombreuses régions la passation d'exploitations viticoles a beaucoup de mal à se faire.

Le Front National, par la voie de Marine Le Pen, s'est montré content d'une telle proposition : « Nous n'accepterons aucune exigence bien-pensante dans les menus des écoles. [...] Cette mesure contribue à sauver la laïcité qui est en très grave difficulté ».

Les défenseurs du vin favorables




Denis Saverot, rédacteur en chef de la Revue du Vin de France, s'est exprimé hier au micro de BFM Business pour soutenir ce projet. Il établit un lien de cause à effet entre la lutte contre l’alcoolisme, la chute de la consommation de vin et l’explosion de celle des tranquillisants :

« Officiellement, il s’agit de lutte contre l’alcoolisme. Le résultat, c’est l’explosion des ventes d’anxiolytiques et d’antidépresseurs, dont notre pays est devenu le premier client européen. » 

Avant d'ajouter que « depuis 1960, la consommation de vin a été divisée par plus de deux dans notre pays. Or, au cours de la même période, les ventes de tranquillisants ont bondi de zéro à plus de 60 millions de boîtes par an. C’est un fait, la France officielle a tourné le dos à son vin, le plus subtil, le plus civilisé des anxiolytiques, celui que le monde entier nous envie, pour gorger son peuple d’antidépresseurs. Avec quel succès ! Plus, ils en ingurgitent, plus nos concitoyens sombrent dans la morosité et le pessimisme, comme l’a souligné un récent sondage international. »

Il faut bien conclure


Il ne faut pas croire tout ce qu'on peut lire un 1er Avril ! Un article est désormais disponible pour décrypter le vrai du faux : « On décrypte l'article du 1er avril »

Jean-Nicolas Mouretin

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